Le fils de la paysanne

Qu’est-ce qui mine la CEDEAO?

La CEDEAO (la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest) est depuis quelques années dans le collimateur des panafricanistes. Ces derniers lui reprochent d’être l’instrument des puissances occidentales contre l’intérêt des peuples. Si à première vue, cette analyse semble exacte, elle est, en réalité dans le fond, fausse. L’impuissance de la CEDEAO face aux défis actuels est indéniable. Mais cela signifie-t-il que la CEDEAO travaille pour les puissances étrangères au détriment de ses propres citoyens ? La réponse est négative. Mais alors où le problème se pose-t-il ? Nous partons de l’hypothèse qu’au sein de la CEDEAO, il existe un cheval de Troyes qui sabote toute action allant dans le sens de l’émancipation des peuples. Pour vérifier notre postulat, nous allons procéder comme un détective à une enquête diachronique et synchronique dans le but de débusque la taupe au cœur de l’institution ouest-africaine. Nous allons, pour y arriver, passer en revue certains ensembles politiques présents sur le territoire de l’espace CEDEAO.

Qu’est-ce que la CEDEAO ?

C’est par ce titre que le journal français le Monde Afrique fait un bref rappel de ce qu’est cette importante institution ouest-africaine. La journaliste Marthe Rubio, dans cet article paru le 06 septembre 2012 à 17h34 et mis à jour le même jour à 17h45, ne répond pas à cette question. Si elle écrit sur cette organisation, c’est justement parce que « Le Mali a confirmé, mercredi 5 septembre, avoir officiellement demandé à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) son appui « dans le cadre du recouvrement des territoires occupés du Nord et la lutte contre le terrorisme »[1]. » Le Mali, dont il est question dans cette citation, est avec le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Cap-Vert, le Ghana, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, le Togo, le Libéria et la Sierra-Leone pays membres de la CEDEAO. Les pays membres de cette organisation sont tous des anciennes colonies des puissances occidentales : les États-Unis, la France, le Portugal et la Grange Bretagne. Le site internet de la CEDEAO nous renseigne que «les Etats membres de cette communauté utilisent trois différentes langues officielles étrangères (l’anglais, le français et le portugais), ils comptent en leur sein plus d’un millier de langues locales dont des langues transfrontalières comme l’éwé, le fulfulde, le hausa, le mandingue, le wolof, le yoruba, l’ibo, le ga, etc. qui sont parlées par une population de plus de 300 millions d’habitants répartis sur une superficie d’environ 5,1millions de km² ». En comparaison, l’Union Européenne, l’une des puissances économiques mondiales, a une superficie de 4,476 millions km². Si l’Union Européenne est politiquement viable, la CEDEAO l’est également. Mais alors, comment expliquer les crises successives que connaît cet ensemble politique ? Et si le virus responsable de l’apparent échec de la CEDEAO réside justement dans cette configuration hétéroclite de ses membres ? Commençons notre enquête par un voyage dans le temps.

La recherche diachronique de l’intrus dans le corps ouest-africain

Comme dans toute enquête criminelle, nous essayerons de trouver à qui le crime profite. Est qualifié de diachronique ce qui est relatif à l’évolution dans le temps. Puisque que l’Afrique et l’Afrique de l’Ouest existe depuis la création de la terre, nous allons limiter notre enquête à l’année 1945. Cette année marque la fin de la deuxième mondiale. C’est aussi l’année où les prémisses de l’actuelle CEDEAO, objet de cette enquête, font surface. Selon l’information officielle de l’institution, « le premier effort d’intégration remonte à 1945 avec la création du franc CFA qui a regroupé les pays francophones de la région au sein d’une union monétaire unique. » Nous observons déjà à ce niveau un intrus : le franc CFA. Certes la création de cette monnaie a été un facteur intégrateur, mais pas pour l’Afrique l’Ouest. À l’époque les pays utilisateurs de cette monnaie étaient déjà dans un ensemble plus ou moins intégré sous la tutelle de la France. Le Franc CFA n’est donc pas né de la volonté souveraine des peuples ouest-africains de lier leurs destins, comme le dit si bien l’Hymne de la CEDEAO[2] :

«Etats d’Afrique de l’Ouest, soudés par l’histoire,

Voilà que libérés des chaines de la captivité,

Glorieux furent les royaumes du passé !

De mystère, point,

Ta trajectoire ira loin.

De l’océan aux forêts arrosées et par la savane,

Œuvrant main dans la main,

Grand espace ou petit lopin

A pas allègres ira la CEDEAO !

Paix, union et justice dans la société

Pour des cultures intégrées et la liberté !

Aux femmes et aux enfants le flambeau de l’avenir,

Richesses humaines et naturelles, support de notre devenir,

Oh Afrique Occidentale, notre {région-Etat}

Sur ton socle repose une union d’éclat !

De mystère, point

Tes pas t’ont déjà portée loin.

Des bords de l’océan au désert et par la savane

Grand espace ou petit lopin

Tous ensemble, main dans la main

Eternels et allègres seront tes pas, toi CEDEAO ! »

Le franc CFA naît de la volonté de la France d’intégrer l’économie de ses colonies à celle de la métropole pour mieux exploiter les peuples africains.

Le franc CFA est donc un indice sérieux. La France serait-elle le criminel, le virus qui ronge la CEDEAO ? Fouillons donc encore dans l’histoire à la recherche d’autres indices. Une chose est certaine, l’histoire de la CEDEAO ne commence pas avec la création du franc CFA, mais la création de cette monnaie est une pièce du puzzle que nous sommes en train de reconstituer.

Une initiative purement africaine de création d’un ensemble régional aura lieu après les indépendances. En 1964, « le président du Libéria, William Tubman, a proposé une union économique de l’Afrique de l’Ouest qui a abouti à un accord signé en 1965 par la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Libéria et la Sierra Léone[3]. » Il faut attendre 1972 pour voir une activité intense dans le processus de création de la CEDEAO, sous l’impulsion du Nigerian, le général Yakubu Gowon et du Togolais, Gnassingbé Eyadéma. La CEDEAO naquit en 1975 avec comme acte de naissance le Traité de Lagos. A première vue, notre suspect (la France) décelé par l’indice de création du franc CFA (franc des Colonies Françaises d’Afrique) ne réapparait plus. Zoomons alors, pour en être certain, sur quelques dates et institutions dans l’espace territorial de la CEDEAO.

1959, création du Conseil de l’Entente

Le Conseil de l’Entente, créé sous l’impulsion de Félix Houphouët-Boigny regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Togo. Malgré les objectifs et les perspectives élogieux de cet ensemble, il faut rappeler le contexte dans lequel se crée le Conseil de l’Entente : Félix Houphouët-Boigny aidé par la France sabote le projet des indépendances fiables des pays francophones, milite pour la Communauté française et sape la création de la Fédération du Mali.

Comme par enchantement resurgit à nouveau notre suspect N°1 :la France. La création du Conseil de l’Entente a-t-elle eu comme objectif réel de diviser la dynamique fédérale en Afrique de l’Ouest ? La coïncidence des agendas ne peut pas relever du simple hasard. Plus qu’une hypothèse, c’est aujourd’hui un lieu commun qu’Houphouët-Boigny, ministre français puis président de la République de Côte d’Ivoire, a été de son vivant le grand défenseur des intérêts de la France en Afrique. A titre illustratif, on peut citer l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS). Dans une interview qui passe de tout commentaire, le feu président ivoirien dévoile vertement le plan d’exploitation scientifique du Sahel au profit de la France. Au regard des indices à notre possession, le suspect détecté plus haut semble laisser de plus en plus d’empruntes. Pour qu’on ne nous accuse pas d’avoir un « sentiment anti-français », cherchons plus loin avant de porter un doigt accusateur sur la « Grande Nation Française » , « le Pays des Droits de l’Homme ».

La création de l’UEMOA (Union Monétaire Ouest-Africaine)

Les Africains se plaignent et maudissent le président français Emmanuel Macron et son « valet ivoirien » Alassane Ouattara. Ses deux personnages ont volé en pleine lumière du jour la propriété intellectuelle de la CEDEAO : l’ECO. Faisant main basse sur le nom de la future monnaie commune à la CEDEAO, la France attribut ce nom au franc CFA (franc des Colonies Française d’Afrique).

Malheureusement, ce n’est pas la première fois que la France vole une propriété intellectuelle africaine. Nous ne voulons pas parler des objets d’art et cultuels africains qui peuplent les musées français. Il s’agit ici d’un vol opéré dans le cadre de la déstabilisation de l’unité politique, économique et sociale de l’Afrique de l’Ouest. Le traité de Lagos, l’acte de naissance de la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest, a été révisé. Pourquoi ? Parce qu’« A l’origine, le Traité de Lagos se cantonnait à l’économie, mais du fait des problèmes politiques qu’a connus la région, il a fait l’objet d’une révision qui a permis, en 1993, l’élargissement de son champ d’application et de ses prérogatives. » nous apprend le site officiel de la CEDEAO. Une lecture du traité révisé de Lagos laisse transparaître un plagiat et pillage effroyables des idées constitutives de l’UEMOA. Toutes les institutions qui assurent le fonctionnement de l’UEMOA ont été pensées dans ce traité. Dans l’article 13 consacré aux buts et objectifs, la CEDEAO stipule :

  1. a) « l’harmonisation et la coordination des politiques nationales et la promotion de l’agriculture et des ressources naturelles, de l’industrie, des transports et communications, de l’énergie, du commerce, de la monnaie et des finances, de la fiscalité, des réformes économiques, des ressources humaines, de l’éducation, de l’information, de la culture, de la science, de la technologie, des services, de la santé, du tourisme, de la justice »,
  2. d) « la création d’un marché commun à travers :
  3. i) la libéralisation des échanges par l’élimination entre les États Membres, des droits de douane à l’importation et à l’exportation des marchandises et l’abolition entre les États Membres, des barrières non tarifaires en vue de la création d’une zone de libre échange au niveau de la Communauté ;
  4. ii) l’établissement d’un tarif extérieur commun et d’une politique commerciale commune à l’égard des pays tiers ;

iii) la suppression entre les États Membres des obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux ainsi qu’aux droits de résidence et d’établissement. »

  1. e) « la création d’une Union économique par l’adoption de politiques communes dans les domaines de l’économie, des finances, des affaires sociales et culturelles et la création d’une Union monétaire; »

Nous vous livrons juste un tout petit morceau choisi. Pour comprendre la profondeur et le degré de la fraude, il faut lire le document dans son entièreté en cliquant ici. Pour ceux qui connaissent le fonctionnement de l’UEMOA, il sera facile de remarquer que cette organisation met en application les buts et objectifs fixés par la CEDEAO, mais en concurrence avec cette dernière. Nous tirons la conclusion qu’il y a eu vol et plagiat car l’UEMOA est créée « le 10 janvier 1994 à Dakar, l’Union économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a pour objectif essentiel, l’édification, en Afrique de l’Ouest, d’un espace économique harmonisé et intégré, au sein duquel est assurée une totale liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens, des services et des facteurs de production, ainsi que la jouissance effective du droit d’exercice et d’établissement pour les professions libérales, de résidence pour les citoyens sur l’ensemble du territoire communautaire. », ultérieurement au Traité de Lagos.

Quelles différences peut-on trouver entre les objectifs et buts de la CEDEAO et ceux énumérés par l’UEMOA ? L’UEMOA dans le préambule de son traité modifié prend soin de préciser hypocritement que ses pays membres restent « Fidèles aux objectifs de la Communauté Economique Africaine et de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » soit pour cacher le sabotage qu’ils réalisent, soit par cynisme. On est emmené à se pencher pour la deuxième hypothèse, car en 1973, alors que le Nigeria et le Togo menaient une campagne active pour faire avancer l’intégration régionale, les pays de francophones adoptent un traité de l’union monétaire ouest-africaine. Nulle part dans ce document, les signataires ne font allusion à la CEDEAO. Ont signé le traité du 14 novembre 1973 le Président de la République de Côte d’Ivoire : Félix HOUPHOUET BOIGNY, le Président de la République du Niger : DIORI HAMANI, pour la République du Dahomey (actuel République du Bénin) : Le Ministre des Affaires Étrangères Michel ALLADAYE, le Président de la République du Sénégal

Léopold Sédar SENGHOR, le Président de la République de Haute-Volta : Sangoulé LAMIZANA, Le Président de la République Togolaise : Etienne Gnassingbé EYADEMA. Une toute petite remarque sur les illustres signataires : Léopold Sédar SENGHOR et DIORI HAMANI francophiles, serviles vassaux de la France ; Etienne Gnassingbé EYADEMA, brutal dictateur qui a assassiné le visionnaire Sylvanus Olympio (pour le compte de la France selon certaines langues indiscrètes) ; Félix HOUPHOUET BOIGNY a déjà été évoqué plus tôt. Tout porte à croire qu’il était de son vivant au front uniquement pour la France.

Le lieu du crime regorge de trop d’empreintes hexagonales. Comme une musaraigne, la France a du mal à passer incognito.  Tellement elle pue. Comme en 1973, le traité de 1994, comme nous l’avons vu plus haut, vise à saboter le projet d’intégration ouest-africaine. Il y a-t-il d’autres preuves qui tendent à démontrer la culpabilité manifeste de la France dans les échecs de la CEDEAO ? Continuons notre investigation.

La création du G5 Sahel

Comme venue de nulle part, une horde de tueurs s’en est pris à l’Afrique de l’Ouest. Le Mali, le Nigéria, le Niger, Burkina Faso sont particulièrement visés. L’Afrique s’organise alors pour se défendre. En 2003, l’Union africaine décide de mettre sur pied la force africaine en attente. Vu l’urgence, il est difficile de comprendre le choix de créer « une force en attente ». En attente de quoi ? Pourquoi ne pas se lancer directement dans le combat ? Ceci n’est pas le sujet de notre enquête. Ce qu’il faut constater, c’est que la création de cette force est attribuée aux différentes régions africaines. Ainsi la CEDEAO a créé sa force en attente. Pillés depuis des siècles, les pays africains manquent de moyens pour financer et équiper cette force en attente. Ils appellent alors le monde en aide.

C’est dans ce contexte que la France ouvre un autre front. Au lieu d’apporter l’aide qu’ils demandent aux pays francophones, la France fait mieux : elle invite ses plus fidèles valets ouest- et centrafricains et crée avec eux le G5 Sahel. Cette opération de sabotage, contrairement aux autres, s’est faite ouvertement. Dans l’urgence, la France s’est fait passer pour une généreuse nation soucieuse du bien-être des Africains. Mais dans les faits, elle tue d’une pierre beaucoup d’oiseaux : elle sabote projet africain, s’implante au cœur du dispositif sécuritaire africain (avec l’opération Barkhane, les militaires français peuvent se balader de l’Afrique centrale à l’Afrique de l’Ouest), elle crée un cafouillage (donc l’inefficacité) au sein des forces régionales en attentes, elle oppose les pays africains les uns aux autres et étouffe dans l’œuf le souffle d’auto-détermination qui s’élève des entrailles de l’Afrique longtemps martyrisée.   On pourrait à l’infini continuer la liste d’oiseaux tués. Tuer l’espoir d’un continent sans guerre est le grand but atteint par la démarche diabolique de la France.

La CEDEAO avait, par le passé, pacifié plusieurs pays membres ravagés par des guerres civiles grâce à l’ECOMOG (Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group).

L’ECOMOG est, comme son nom l’indique, l’armée ouest-africaine qui a longtemps pacifié cette partie du monde. Au Libéria, en Sierre-Leone ou encore en Guinée-Bissau, l’ECOMOG s’est montrée très efficace en libérant les populations de la terreur de la guerre. Une telle efficacité fait des jaloux. Ainsi peut-on lire dans un article de propagande occidentale : « L’ECOMOG, comme le veut l’understatement au Liberia, « ne laissa pas que des bons souvenirs à Monrovia » : pillant, violant, tuant parfois sans grand discernement, déménageant en bateaux entiers (affrétés par l’armée nigériane) son butin de la capitale libérienne – 4 x 4, téléviseurs, magnétoscopes… jusqu’au cuivre ou au fer récupérés et revendus, semble-t-il, en fonction des grades – vers Lagos[4]. » Certaines expressions ne passent pas inaperçues. On accuse un pays de la CEDEAO. Pas n’importe lequel : le Nigéria. Pourquoi, cette précision est-elle importante ? Le Nigéria est une puissance, sinon la puissance, de la CEDEAO. Les mots choisis ont pour but de faire peur aux petits pays (francophones surtout).  On diabolise l’ECOMOG et le Nigéria le grand pourvoyeur de troupes et de moyens pour diviser et annihiler la cohésion des forces armées de la région.

Mais depuis sa création le G5 Sahel, dont est écarté le Nigéria, a du mal à prendre corps. Les barbares qui attaquent l’Afrique ne se sont sentis aussi à l’aise. À quoi sert donc cette organisation-écran ? Quelle en sont les conséquences au sein de la CEDEAO ?

La recherche synchronique de l’intrus dans le corps ouest-africain

Le 5 juin 2021 dans les environs de deux heures, alors que les populations dormaient, une horde de barbares débarquent à Solhan au Burkina Faso et massacre 160 êtres humains. Nos larmes coulent encore. Qui attaquent les pays de la CEDEAO ? Les États-Unis à travers AFRICOM nous apprennent : « West Africa continues to counter violent extremist organizations; top threats include Jama’at Nusr al-Islam wal Muslimin (JNIM), ISIS-Greater Sahara, ISIS-West Africa, and Boko Haram. Recently, U.S. Africa Command conducted a series of exercises to test the ability of U.S. forces to deploy and operate at various locations on short notice[5]. » Depuis une dizaine d’années, les armées étrangères ont mis pieds sur le sol de la CEDEAO. Et depuis une dizaine d’années les massacres des populations de la CEDEAO se sont accrus. On voit bien que le suspect français n’est pas le seul corps étranger dans la CEDEAO. Les Étatsuniens et les Européenssont dans la danse à travers plusieurs opérations de « lutte contre le terrorisme ». L’Allemagne a une base militaire au Niger, la France et les États-Unis aussi. Ces derniers se vantent d’ailleurs d’avoir effectué « une deuxième évaluation opérationnelle » entre le Mali et Djibouti : « Au cours de l’exercice, les troupes ont parcouru environ 5 000 kilomètres (2 900 miles) à travers l’Afrique, testant leur capacité à transporter des troupes et du matériel sur de longues distances à court préavis pour démontrer leurs capacités opérationnelles. » Les Étatsuniens précisent tout de même : « Bien que nous soyons formés et prêts à être déployés à tout moment et n’importe où, avoir l’opportunité d’exercer notre capacité à nous déployer sur tout le continent et à nous entraîner aux côtés de nos partenaires français démontre clairement notre capacité à répondre lorsque le besoin s’en fait sentir » pour certainement reconnaître à la France le fait que les Étatsuniens sont conscients de jouer dans le marigot français. Comment est-ce qu’on peut partir de Djibouti à Gao, c’est-à-dire traverser tout le Sahel sans être attaqué par les ennemis que ces armées sont censées combattre. Pourquoi c’est Solhan, les bébés de Solhan, les fillettes de Solhan, les jeunes garçons de Solhan, les femmes de Solhan, les hommes de Solhan aux mains nues qui sont exterminés dans leur sommeil ? A quoi servent les armées étrangères sur la terre sacrée de nos ancêtres ?

De l’opération Barkhane à Takouba

L’opération Barkhane débutée en 2014, en remplacement de l’opération Serval, pour bouter les terroristes hors du Sahel prend fin. C’est l’annonce que vient de faire le président français Emmanuel Macron qui trouve enfin le terrain où montrer sa virilité après la gifle (au sens dénoté du terme) qu’il a reçu le mardi 8 juin 2021. Le terme Barkhane désigne une « Dune mobile, en forme de croissant, dont les cornes s’allongent dans le sens du vent dominant. » selon le Larousse en ligne. Comment envisager la fin d’une opération dont l’essence réside dans la métamorphose perpétuelle ? La France nous a habitué à ces coups de magicien : la société Elf après avoir commis plusieurs crimes économiques en Afrique notamment fait peau neuve et se fond dans une autre société : Total ; Areva, une autre société française, change également clandestinement de nom et devient ORANO. Les noms changent, mais les pratiques mafieuses restent et se perfectionnent. Comment comprendre la fin de cette opération, alors que les terroristes qui sont censés être combattus sont aujourd’hui plus forts qu’au début de l’opération.

Alors quand on nous annonce la fin de l’opération Barkhane, rejetée par les peuples d’Afrique de l’Ouest, le début de Takouba n’est qu’une continuité de la présence militaire française sur le sol africain. Le changement de nom et de stratégie n’enlève pas une once à la dure réalité : la présence militaire française dans l’espace CEDEAO.

Des gouvernements européens tentent de justifier leur nouvelle invasion du continent africain en ces termes : «  À la demande des autorités maliennes et nigériennes, L’ALLEMAGNE, LA BELGIQUE, LE DANEMARK, L’ESTONIE, LA FRANCE, LA NORVÈGE, LES PAYS-BAS, LE PORTUGAL, LA RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, LE ROYAUME-UNI ET LA SUÈDE soutiennent politiquement la création d’une task force, intégrée au commandement de l’opération Barkhane, visant à lutter contre les groupes terroristes dans la région du Liptako. Dénommée Takuba, cette task force sera principalement composée de forces spéciales européennes soutenues par des moyens essentiels fournissant un haut niveau d’autonomie. » Quand est-ce que les parlements malien et nigérien se sont réunis pour autoriser ces pays à déployer leurs troupes sur nos terres ? Puisque nous nous sommes assignés la mission de débusquer le lièvre, posons les bonnes questions. Le Mali et le Niger ont-ils le droit d’autoriser une intervention dans « la région du Liptako » ? Cette région faisant partie aussi bien du territoire du Niger, du Mali et du Burkina Faso, comment expliquer l’absence du Burkina Faso sur la liste des pays africains autorisant la présence des armées européennes ? Le lièvre, la France, est l’explication. Contrairement au Mali et au Niger, en mars 2020 lorsque les pays européens faisaient cette déclaration, le Burkina Faso avait exprimer sa ferme volonté de souveraineté. Derrière le président du Niger et celui du Mali se cache les réseaux de la France, encore toujours la France au cœur du dispositif sécuritaire de la CEDEAO. Comme par le passé, le président Issoufou et Keita sont les porteurs de fusils de la France, les tirailleurs modernes.

Qui sabote la CEDEAO?

La France comme une musaraigne pollue l’aire et l’air de l’Afrique de l’Ouest. Nous avons vu qu’elle use de son influence dans les pays francophones pour empêcher le bon fonctionnement de la Communauté Économique de États de l’Afrique de l’Ouest. Les ensembles parasitaires tels que l’UEMOA, le Conseil de l’Entente, le G5-Sahel sont les plaies qui ronge la CEDEAO de l’intérieur et qui l’empêche d’être viable et efficace.

Cependant, il serait trop facile de jeter la faute sur la seule France ou le seul Occident. Comme le dit un proverbe africain : le sorcier n’entre dans une maison que s’il dispose de complice à l’intérieur de celle-ci. Nous avons pu exposer quelques complices historiques.

Dans une prochaine balade intellectuelle, nous essayerons de voir qui sont les complices actuels des sorciers étrangers au sein de la CEDEAO. Notre espoir est de voir les commentateurs politiques africains approfondir leurs réflexions, en cessant d’user de ​trop de métonymie quand il s’agit de parler de CEDEAO et de ses échecs. Tout n’est pas pourri au sein de cette organisation. Il faut donc désigner clairement la source du mal.

[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/09/06/qu-est-ce-que-la-cedeao_1756007_3212.html

[2] Hymne de la CEDEAO, https://www.ecowas.int/documentation-2/hymne/?lang=fr

[3] Site officiel de la CEDEAO

[4] ECOMOG, faction combattante au Liberia, Michel Galy, Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2005

https://doi.org/10.3917/oute.011.0375

[5] « L’Afrique de l’Ouest continue de lutter contre les organisations extrémistes violentes ; Les principales menaces incluent Jama’at Nusr al-Islam wal Muslimin (JNIM), ISIS-Grand Sahara, ISIS-Afrique de l’Ouest et Boko Haram. Récemment, le Commandement des États-Unis pour l’Afrique a mené une série d’exercices pour tester la capacité des forces américaines à se déployer et à opérer dans divers endroits à court préavis. » https://www.africom.mil/pressrelease/33713/africom-leader-highlights-support-to-african-and-international-partners-during-sahel-visit

 

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