Le fils de la paysanne

Le Bénin et la Côte d’Ivoire menacés par le terrorisme ?

Le 1er février 2021, le patron du renseignement extérieur français annonçait aux pays aux africains que le terrorisme se propagerait en Afrique de l’ouest. Selon le Point Afrique, « Aux côtés de la ministre des Armées Florence Parly, le chef de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a montré des images d’une réunion, tenue en février 2020, rassemblant dans le centre du Mali les plus hauts responsables locaux de la centrale djihadiste ». Ainsi, la France, pays européen, située à des milliers de kilomètres de l’Afrique, aurait des oreilles et des yeux au cœur du continent noir. L’acte posé par le directeur du renseignement extérieur à première vue est altruiste. C’est l’éternelle France généreuse qui se manifeste comme à son habitude.  Mais, le temps où l’Africain signait les documents de ventes de ses terres, de ses frères et sœurs, de son âme sans lire entre les lignes est révolu. Et pour joindre l’acte à la parole, nous poserons quelques questions à la France.

  • Février 2020 février 2021

En février 2020, la France filme des terroristes planifiant leur extension à l’intérieur de l’Afrique occidentale. Selon les mots du journal français Le Point, « étaient présents à la réunion de février 2020 Abdelmalek Droukdel, chef historique d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Iyad Ag Ghaly, chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, Jnim en arabe) et l’un de ses fidèles adjoints, Amadou Koufa, chef de la katiba (unité de combattants) Macina. » C’est le gotha de la racaille meurtrière qui écume, tue et sème larmes et désolation dans l’ouest africain que la DGSE a eu sous son objectif. Ont manqué à cette macabre réunion les dirigeants de Boko Haram. La France, infiniment altruiste ayant assisté à l’allumage de la première flamme de cet autre feu qui se propage à la vitesse de l’éclair au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Nigéria attend 365 jours, une année entière pour prévenir l’opinion publique. Le terrorisme, tout comme la pandémie virale peuvent irradier tout le globe si la population n’a pas la bonne information. La cacophonie née de la Covid-19 nous enseigne le partage de l’information à temps permet de sauver des vies. Les nations occidentales accusent la Chine de rétention volontaire d’informations sur le Covid-19. Alors si la France veut vraiment aider les pays de l’Afrique de l’ouest en général et du Sahel en particulier, pourquoi attendre la « contagion » (le mot n’est pas de nous, c’est le Point Afrique) avancée avant de prévenir ? Comment expliquer une propagation de la terreur vers le sud du continent malgré le dispositif français ?  A quoi sert le dispositif de Barkhane ? Les cartes fournies par les autorités militaires françaises parlent et elles livrent un message en contradiction avec les faits que vendent ces mêmes autorités.

                       Figure 1 Dossier de presse OPERATION BARKHANE

La carte ci-dessus nous montre les points clés du dispositif Barkhane. Combinons les informations de la première avec celles des deux autres cartes ci-dessous.

Comment est-ce qu’une armée qui combat un ennemi peut-elle expliquer son incapacité à contenir celui-ci ? Comment est-ce que terroristes peuvent-ils briser un pareil dispositif à l’insu de l’une des plus puissantes armées de la planète terre. Une carte du journal Le Parisien (quand on fait abstraction de l’échelle proposée) renforce notre questionnement.

Pour évoluer vers le Bénin, la Côte d’Ivoire et l’intérieur du Nigéria, les terroristes ont dû disposer d’informations plus précises que celles des armée française (Barkhane), régionales (G5 Sahel, une organisation mise sur pied par la France) et nationales. Depuis quand le fanatisme religieux confère des connaissances de stratégies militaires ? A quoi servent les drones français, allemands, américains dans cette zone ? Pourquoi citer la Côte d’Ivoire et le Bénin ?

  • Le Bénin et la Côte d’Ivoire menacée ?

Le Bénin et la Côte d’Ivoire se préparent à vivre des élections qu’il ne faut pas être devin ou agent secret pour savoir d’elles seront très mouvementées. C’est la mode depuis quelques années dans les pays anciennement colonisés par la France. Tout comme le terrorisme, il existe une sorte de « franchise politique » dans les pays francophones.  Après les phases « du parti unique », « des coups d’État militaire », « du multipartisme », le Bénin et la Côte d’Ivoire (tout comme l’ensemble du reste des pays francophones) sont passés à la phase des « coups d’États constitutionnels ».  Comme s’ils avaient une licence commune, les dirigeants politiques usent de ruses juridiques pour écarter toute opposition et toute alternative dans les débats nationaux. Si hier on tuait physiquement les opposants, aujourd’hui on leur trouve des affaires, des dossiers qui leur ouvrent soit les portes de l’exil, soit celles des prisons. Les élections organisées dans un tel contexte sont sources de conflits. La Côte d’Ivoire en a fait l’amère expérience à la fin de l’année 2020. Des centaines de morts et blessés ont servi d’agneaux à la réélection haut la main du président Alassane Dramane Ouattara avec 94% du suffrage exprimé. Le Bénin a connu également son lot de peines en 2019. Le président Talon a organisé sa première élection : ruse politique aidant, les partis d’opposition sont écartés. Résultat des cours, le peuple béninois s’est révolté. Malheureusement, la révolution aura été réprimée avec une violence inconnue des Béninois. Comme en Côte d’Ivoire, on a eu plusieurs morts.

Ce bref rappel des faits pas si anciens nous montre que la menace sécuritaire dans ces deux pays est tangible. Il (le rappel) nous permet de poser la bonne question : pourquoi le Bénin et la Côte d’Ivoire ? Nous avons deux hypothèses.

  • Première hypothèse : le cheval de Troie d’une expansion militaire française

Cette première hypothèse est surtout intéressante quant au Bénin. Il faut être aveugle pour ne pas remarquer que depuis le début de l’intervention militaire française et de ses alliés occidentaux en Afrique de l’ouest, le terrorisme s’est trouvé renforcé. Le Mali était en 2013 la cible des terroristes.

Aujourd’hui, c’est toute l’Afrique de l’ouest qui vit dans la peur de la terreur. On pourrait expliquer ce fait de façon simpliste : il y a de plus en plus de terroristes parce qu’ils (les terroristes) en veulent aux occidentaux et veulent chasser les armées occidentales. En d’autres mots, l’occident et les terroristes se font la guerre en Afrique. Mais si les Africains meurent, ce ne sont pas eu qui sont visés, mais l’Occident. Ce discours est courant et a une formule fétiche : « le terrorisme est un fléau global et c’est ensemble qu’il faut le combattre.» Cette vision du fait terroriste place nos pays dans une situation d’incertitude permanente :la terreur nourrit la guerre contre la terreur et la guerre contre la terreur nourrit la terreur. Le problème, c’est que cette guerre se fait en Afrique, pas en Occident que les terroristes disent combattre. Cette explication simpliste montre ses limites quand on l’analyse froidement.

Mais et si le terrorisme était un cheval de Troie ? Pour ceux qui ne sont pas familier à cette expression, en voici une version résumée : le Cheval de Troie est une « Expression qui tire son origine de la légende racontée par Homère dans L’Odyssée, mais aussi par Virgile dans L’Eneide. Les Grecs ont pu envahir la ville de Troie en utilisant un cheval de bois avec des soldats cachés à l’intérieur. Ce stratagème est élaboré par Ulysse, prétendant offrir aux Troyens un grand cheval de bois, un cadeau pour la déesse Athéna. Les Troyens, flattés, font entrer le cheval dans la ville et durant la nuit des soldats ennemis en sortent pour ouvrir les portes de la ville au reste des troupes grecques et ainsi envahir la cité de Troie, assiégée depuis dix ans ». Il est certain que des lecteurs crierons qu’encore une fois un jeune Africain attaque la France, s’en prend à l’Occident pour excuser l’incapacité des dirigeants africains. Ceci n’est pas un doigt accusateur, ou une quelconque théorie complotiste. Le Bénin, ancien Dahomey, a subit une guerre terrible menée par la France pour assujettir tout un peuple. Les Mino, appelées communément « amazones », surnommées « les machines à tuer » par la propagande coloniale française ne sont pas tombées sous les coups de canons français pour que deux générations après, les descendants de braves femmes considèrent les canons français comme étant des canons amis ! Serait-il idiot de croire que le terrorisme sert curieusement le déploiement militaire de la France et de ses alliés ? Coup d’œil dans la région nous renseigne que la France a des bases militaires au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Tchad. Ces bases encerclent le Nigéria, la première puissance économique et démographique du continent. Une base militaire au Bénin permettrait de contenir la puissance nigériane. Aussi absurde que puisse paraître notre hypothèse, il nous faut garder à l’esprit que la France n’est pas l’ami des pays africains francophones. Ces pays sont les vassaux de la France. Les relations que ces pays entretiennent la France l’illustre chaque jour.

Pour conclure cette première hypothèse, il faut retenir que le Bénin présente un intérêt stratégique : l’ouverture sur la mère, le corridor routier allant des côtes jusqu’au Niger, l’allongement du pays des côtes atlantiques jusqu’aux portes du Sahel et la longue frontière avec le Nigéria. Ces éléments factuels pourraient pousser tout envahisseur moderne à user de la couverture terroriste pour pénétrer encore plus vers les côtes. La guerre d’Irak nous en fournit encore aujourd’hui la preuve.

  • Deuxième hypothèse :la protection des vassaux

C’est un secret exposé à tous les carrefours ouest-africain que celui de l’allégeance du président Alassane Ouattara (de la Côte d’Ivoire), Patrice Talon (du Bénin) envers la France. Le premier est arrivé au pouvoir après une sanglante guerre menée par la France contre la Côte d’Ivoire. Le deuxième est arrivé démocratiquement au pouvoir, après avoir bénéficié de la protection de la France dans un dossier de tentative d’assassinat sur un président en fonction, en l’occurrence l’ex-président Boni Yayi. Le premier (Alassane Ouattara) comme le deuxième (Patrice Talon) ont, à l’occasion du processus de création de la monnaie commune des États de la CEDEAO (Communauté Économique Des États d’Afrque de l’Ouest), prouvé à la face du monde leur servitude totale à l’égard du l’ancien colonisateur français. C’est le ministre béninois de finance (M. Wadagni) qui a signé les documents entérinant le passage du franc CFA à l’ECO. Le président France, Emmanuel Macron, aidé par le Bénin et la Côte d’Ivoire opère un braquage en règle du rêve communautaire. La Côte d’Ivoire et le Bénin au regard des faits sont des alliés de la République française. Mais alors, comment interpréter les allégations françaises sur la présence de terroristes dans ces deux pays ?

La réponse peut une fois encore sembler absurde. Mais le timing de cette annonce n’est pas fortuit. La France, contestée au Mali, au Niger, au Burkina Faso et même en Côte d’Ivoire par les populations et les parties d’oppositions ne pas se payer le luxe de perdre ses derniers alliés. Comme par hasard le Togo n’est pas sur la liste : au Togo règne une dynastie installée par la France depuis presqu’un demi-siècle. Il n’y a pas d’élections en vue et l’opposition est rabougrie et réduite à sa plus simple expression. Le système de la franc-Afrique n’est pas menacé. Mais au Bénin et en Côte d’Ivoire, le risque d’une prise du pouvoir présidentiel (au Bénin) et parlementaire (en Côte d’Ivoire) est trop élevé. Le risque de violente contestation est aussi très élevé. Ce risque a un double avantage pour l’annonceur de l’apocalypse : premièrement, toutes contestation politique armée pourrait être qualifiée terroriste. Ce serait un prétexte idéal pour exécuter la première hypothèse. Deuxièmement, l’annonce du risque accru d’acte terroriste permet aux régimes béninois et ivoiriens de prendre des « mesures préventives » restreignant les libertés individuelles qui peuvent aller des interdictions de rassemblements publics à la censure numérique (coupure d’internet, des réseaux sociaux, etc). Dans l’un ou l’autre cas, les peuples africains sont comme toujours les grands perdants. La France et ses valets locaux sont les gagnants temporaires car rien ne peut arrêter le volcan qui se réveille des entrailles du peuple africain.

  • Conclusion

Pour conclure cette évasion de l’esprit, il faut dire que nous devons aborder de façon plus complexe les sujets africains. Les armées étrangères ne sortiront jamais les pays africains du gouffre dans lequel certains se trouve. Une question doit utile : à qui profite le crime ? Pourquoi des pays endettés, en récession depuis de décennies, avec des populations de plus en plus pauvres, en crise économique, renvoyant des Africains de chez eux, laissant se noyer des Africains à leur côtes, payent pour faire garder les Africains dans des « camps de concentration » appeler honteusement « camp de rétention », comment peut-on penser que ces pays viennent aider l’Afrique ? Sans contrepartie ? Quand certains pays « légifèrent » que l’« Afrique est leuravenir ? », où serait alors l’avenir de Africains ?

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