Le fils de la paysanne

Patrice Talon, l’ovni ouest-africain ?

Le Larousse en ligne définit l’ovni comme un « Objet ou phénomène fugitif, observé dans l’atmosphère, et dont la nature n’est pas connue ou reconnue par les témoins. » Comme un ovni, il n’est pas aisé d’écrire sur le président de la république du Bénin. M. Talon est un personnage qui concentre à lui seul plusieurs personnages. Mais c’est personnage politique, le président de la République du Bénin qui m’intéresse dans cette prise de parole. C’est donc le personnage public dont les actions publiques impactent directement le quotidien d’environ 12 millions d’âmes au Bénin et indirectement plusieurs autres millions dans la sous-région ouest-africaine qui sera évoqué dans ce texte. Comme dans toute démarche objective, il est de coutume de distribuer les bons et les mauvais points. Dieu sait que le président Talon en a dans les deux catégories depuis qu’il est au volant de notre pays. Dans cet article, nous allons nous pencher sur les bons points. Oui, vous l’avez bien entendu, le président Talon, malgré toutes les choses que l’on peut en toute objectivité lui reprocher, a marqué quelques points positifs. Quels sont-ils à mon humble avis ?

1. Le refus du conformisme

La gestion de crise liée à la pandémie du coronavirus a été une occasion pour le président Talon et son gouvernement de montrer à la face du monde que le Bénin, petit pays selon les proportions africaines, peut avoir sa propre stratégie. Une stratégie qui ne copie pas les modèles importés d’Occident. Ce faisant, le pays crée son propre modèle. La création d’un nouveau modèle a l’avantage de permettre à celui qui le crée d’apprendre, de s’adapter, de s’améliorer, de faire des erreurs et d’en tirer des leçons durables. Ce chemin semble à première vue risquer (et il est risqué dans les faits), mais c’est en « forgeant que l’on devient forgeron ». Aussi le risque supposé ou réel est à la hauteur des gains quand le modèle réussit: le modèle issu de cette stratégie est un outil dont aucune facette au pest car il est conçu entièrement en dehors de tout injonctionétrangère. Il faut du courage politique pour prendre ce chemin. Et le président Talon et son gouvernement ont montré qu’ils sont capables de courage politique. Le refus du conformisme ne se limite pas à la gestion de la crise. Certaines prises de positions mettent la puce à l’oreille quant au caractère anticonformiste du président Talon : franc CFA, retour des objets cultuels et culturels volés par la France au Bénin, etc. C’est pour cette raison que le président mérite ce premier point, car le refus du conformisme donne une chance inespérée d’authenticité. Il redonne aux Béninois ou aux Africains une certaine fierté perdue. Le refus du conformisme conduit à la prise d’initiative.

2. Le refus du misérabilisme

Le dernier classement de la Banque mondiale a classé le Bénin pour la première fois pays à revenu intermédiaire. Des voix s’élèvent pour, soit saluer la bonne nouvelle, soit pour émettre des doutes sur la fiabilité des chiffres avancés. Honnêtement, je fais partie de la deuxième catégorie. Les échos venant du Bénin sont tels qu’il paraît improbable que le pays ait fait ce bon qualitatif.Pourquoi les populations se plaignent-elles si le pays devient aussi prospère? La catégorie des septiques rappelle le cas du Rwanda (dont le président Talon dit s’inspiré) pour mettre en garde et appeler à la prudence. Effet, le Rwanda a été accusé par certains cadres de la Banque mondiale de manipulation des chiffres. Les pays aurait embelli ses statistiques économiques pour donner l’impression que tout va bien, alors que la réalité était plus dure. La nouvelle avait fait les gros titres de plusieurs organes de presse : « Le Rwanda a manipulé ses statistiques économiques, selon le Financial Times », « Le « Financial Times » met en cause les données sur la pauvreté au Rwanda », « Le Rwanda accusé d’avoir manipulé ses chiffres sur la pauvreté », « La face cachée du modèle rwandais », « RWANDA – Kigali accusé de manipuler ses chiffres sur la pauvreté ». La liste des titres est interminable. Quand on connaît en aval l’épisode rwandais et la proximité supposée ou réelle du président Talon et de son homologue rwandais, le scepticisme face au classement se justifie.

Mais, car il y a un gros « MAIS ». Le narratif habituel sur le continent africain, surtout sur sa partie située au sud du Sahara, est chargé d’une telle négativité qu’un classement tel que la Banque mondiale apporte de la lumière dans ces ténèbres. Que les chiffres soient vrais ou faux, la tendance des gouvernants à la tête du pays semble sonner la fin du feuilleton misérabiliste auquel les pays africains nous ont habitués. Si le Bénin ment pour briser cette malédiction, alors il faut applaudir des mains et des pieds. Le défaitisme n’est pas un bon compagnon. L’esprit positif derrière la volonté de sortir le Bénin du cercle des pays pauvres très endettés est une arme puissante ouvrant la voie à tous les possibles. Il s’agit ici de l’affirmation de la virilité, de la vivacité, de la potentialité, de la résilience et de la créativité du peuple africain. Que les chiffres soient bons ou faux, le peuple béninois ne se sent plus pauvre. Se libérer des chaines mentales est la plus dure à réaliser. Le président Talon et son gouvernement sont en passe de briser ces chaine.

C’est dans cette même veine qu’il faudrait peut-être aborder le refus du gouvernement béninois que la dette des pays africains soit effacée. Le cercle des mendiants et des imposteurs bailleurs de fonds s’est étonné de cette décision. Depuis quand un pays pauvre et très endetté refuse-t-il que l’on efface sa dette ? C’est exactement ce qui fait la différence : la DIFFÉRENCE. Nos dirigeants nous ont habitués à ce comportement de troupeau de moutons courant dans la direction que le berger occidental indique. Le mouton qui voudrait brouter une autre herbe devra changer de direction. Alors sortir du lot. Marquer sa différence. Refuser de suivre bêtement la direction tracée par les autres pour leurs propres intérêts.

Le Bénin refuse de tendre la main, de jouer les mendiants. Le Bénin montre la voie. Et c’est une bonne chose. Même si tout ceci se fait avec un massive endettement massif du pays, refuser d’être un mendiant veut dire qu’on a décidé de travailler pour se prendre en charge. La population, si elle est bien informée, se mettra à l’oeuvre et exigera des comptes si la dette est mal gérée. Or dans l’ancien modèle de mendicité internationale, l’endettement ou les prêts des institutions de Breton Woods et d’autres institutions traditionnelles s’appellent de « l’aide ». Dans la culture béninoise, une aide est par nature désintéressée. Alors quand un gouvernement annonce que le FMI ou la Banque Mondiale lui sont venus en aide, le peuple dans sa majorité ne sait pas que c’est de l’argent qu’il devra rembourser avec des intérêts. Aussi le morphème « aide » a un effet dévastateur sur la conscience, la vigilance et la fierté du peuple béninois. L’aide (prêt) ressemble à de l’argent facile. On n’exige pas la bonne utilisation de celle-ci. On ne hausse pas le ton. On n’exige pas de transparence. L’aide est un endettement mais qui porte un nom masqué pour endormir les peuples.

Démasquer le morphème « aide » en le mettant nu, dévoilant sa vrai signification au peuple est un acte noble de conscientisation voulu ou induit. Au président Talon et son gouvernement revient le mérite d’avoir déshabillé le monstre « aide » déguisé en « ange ».

3. Le refus du désordre

Commençons ce dernier point avec un proverbe libanais : «  Si tu ne peux pas meubler ta maison, tu peux toujours la tenir propre. » S’il y a un rituel important, presque sacré dans les concessions rurales au Bénin, c’est le coup du balai matinal. Chaque matin avant de commencer toute activité, la maison doit être balayée. On attribue au fait de balayer la possibilité de chasser les mauvais esprits. Le balai est un outil sacré en Afrique noire. Le site du média russe Sputnik a recensé quelques aspects de l’usage du balai. Au-delà de la symbolique du balai et des pouvoirs mystiques qui s’y rattachent, le plus grand pouvoir à mon entendement est la faculté du balai de rendre propre, de mettre de l’ordre. Ainsi une maison qui chaque matin ne subit aucun coup de balai attire le malheur pour parler comme ma grand-mère. La propreté fait partie intégrante de la culture béninoise. D’où vient-il que le président Talon parle de saleté ? Pourquoi faut-il du courage pour évoque ce sujet et surtout y mettre fin ?

Il faut reconnaître la ville africaine contemporaine a de sérieux problèmes de propreté. C’est comme si dès que certaines personnes mettent les pieds en ville, ils deviennent amnésiques quand à l’importance de la propreté. Le président Talon le résume en ces mots : « Je regarde le Rwanda avec admiration, tout le monde en parle, le Botswana, le Malawi. Mais il y a autour d’eux des pays qui sombrent dans la pagaille (…) le Bénin est un pays de pagaille et parfois nous sommes fiers de ça ». Cependant, je ne suis pas le président quand il dit : « …parfois nous sommes fiers de ça ». Sans vouloir jouer les avocats du diable, je ne crois pas le Béninois ou l’être africain soit fiers d’être sales et désordonnés. Les descriptions des premiers explorateurs européens des villes africaines ne fontl’ombre d’aucun doute : l’être africain aimait l’ordre et la propreté. C’est d’ailleurs cette propreté qui a protéger le continent africain des différentes épidémies de pestes qui ont décimées les européens au Moyen Âge. Comment expliquer que ceux qui hier mettaient la propreté en premières lignes en soient arrivés à « être fiers de la saleté »qui inonde leurs rues. Mon humble avis est le suivant : les populations sont face à telles urgences que la propreté relève pour elles du domaine du luxe. Elles (les populations) n’ont pas les moyens financiers pour s’assurer plus de propreté. Cet argument pour le combattre, il faut du courage et dire comme le président Talon, je paraphrase  :  on peut être pauvre et vivre propre . Il faut du courage parce que la pauvreté est palpable. Il faut du courage parce que l’on s’en prend à une habitude qui est devenue une seconde nature. Il faut du courage pour se mettre une population affamée à dos, pour briser les petits commerces de mères et pères sans autres sources de revenu. Il faut enfin du courage parce que le modèle de ville dominant est un modèle colonial, où on a habitué les populations autochtones à vivre dans les quartiers sales, pendant que les colons blancs et leurs commis noirs habitaient des quartiers plus propres. Jean-Marie Adiaffi dans roman « La carte d’identité » touche du doigt ce problème dans description subliminale d’une ville coloniale. La création d’un « ministère du cadre de vie », l’aménagement en cours des berges lagunaires à Cotonou, l’asphaltage des rues prenant en comptent aussi bien les quartiers populaires que ceux chics brisent le modèle colonial. Ne serait-ce que pour avoir inscrit le cadre de vie comme faisant partie des urgences, le président Talon mérite le troisième coup de chapeau.

En conclusion

Commençons cette conclusion par un lieu commun :  rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Comme annoncer en introduction, M. Talon est un onvi. Pour ceux qui liront cet article et me croiront naif, je dit pour ma défense, que je suis conscient du fait la manipulation des chiffres sur la pauvreté pour avoir des visées électoralistes. 2021 approche. Mais je concède aussi que les politiques actuels au Bénin ne comportent pas que des lumières. Plusieurs ombres couvent le ciel de la démocratie béninoise. Dans la série d’articles qui va suivre, les ombres de la gouvernance Talon seront passées au peigne fin. D’emblée, voici le titre du prochain article : « Patrice Talon, le Néron ouest-africain ?. Cet article fera un petite analyse des crimes de sang commis depuis 2016 sous le pouvoir dit de la rupture. Pour cette prise de parole, je rend hommage au président Talon pour les trois points positifs qu’il a marqués.

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